Ce n’est pas un livre classique de conseils sur l’entrepreneuriat. La Méthode Livementor d’Alexandre Dana est beaucoup plus que cela.
D’abord, c’est un ouvrage pratique avec des exercices pour faire grandir son activité ou son entreprise. Il décrit les 12 étapes de la vie d’un projet, de l’idée jusqu’au plein accomplissement.
C’est aussi un ensemble de trajectoires d’entrepreneurs, de parcours édifiants avec à chaque fois une partie coaching. C’est donc aussi un livre de développement personnel.
Enfin, il y a quelques bonus et bonnes surprises ici et là, qui entremêlent le livre avec des ressources en ligne.
Le livre peut se lire de façon chronologique, de la première à la dernière page. Mais l’on peut aussi choisir l’étape qui nous correspond et commencer directement par elle.
Vous l’avez compris, ce n’est pas seulement un livre. C’est une aventure. C’est une expérience à vivre.
Pour vous en donner un avant-goût, voici l’interview d’Alexandre.

- Le storytelling est quelque chose d’assez omniprésent chez toi. Chaque newsletter de Livementor commence par une histoire. Mais tu l’utilises aussi dans tes articles de blog, les vidéos YouTube, les cours (!), le magazine Odyssée…
D’où vient ce côté Père Castor ? D’où vient ta passion de raconter des histoires ?
Alexandre : J’ai toujours été un grand lecteur.
Je passais mon temps, quand j’étais enfant, à lire des livres d’Histoire, des encyclopédies. Je consultais l’histoire d’Alexandre le Grand, je consultais l’histoire de César, de Charlemagne. Je passais mon temps à lire des livres d’Histoire.
C’est là que j’ai pris goût à la narration.
Et puis après, j’ai découvert la Science-Fiction. J’ai découvert les romans. J’ai voué une passion à Asimov. Je me suis également passionné pour des magazines comme SO FOOT qui ont vraiment un goût très prononcé pour la narration et les histoires très riches, très détaillées.
Je pense que cette passion vient de là. J’ai toujours aimé lire et j’aime lire dans des univers très différents.
Mais toujours dans des types de lecture qui sont assez longues.
| En passant : Isaac Asimov est un écrivain prolifique qui a écrit ou édité plus de 500 livres. Son œuvre la plus célèbre est la série Fondation qui a reçu, en 1966, le prix Hugo de « la meilleure série de science-fiction de tous les temps » |
- Il existe quelques livres sur l’entrepreneuriat qui recourent au storytelling. La Semaine de 4 heures, The E-myth, etc. Cependant, ton livre la Méthode Livementor est un peu différent.
Bien qu’il soit extrêmement pratique avec de nombreuses pages d’exercices, chaque chapitre commence par une histoire et finit par une autre histoire : les paroles d’entrepreneurs. C’est un recueil d’histoires, une rhapsodie au sens étymologique du terme. Je sais aussi que tu as commencé ton livre et que tu as finalement tout jeté pour recommencer de 0.
Comment est venue l’idée de cette structure ?
Alexandre : La structure de La Méthode Livementor, effectivement, elle est venue d’un échec, d’un premier échec.
Cet échec, c’était une structure initiale très classique : un livre pratique sur l’entrepreneuriat, avec un enchaînement de conseils.
Et, au final, au bout de 6 mois, j’ai décidé de tout jeter.
J’ai décidé de tout jeter parce que je ne me reconnaissais pas dans cette première structure. Je ne trouvais pas l’ADN de Livementor.
L’ADN de Livementor, c’est vraiment cette galaxie d’histoires. Ce foisonnement permanent de parcours d’entrepreneurs. Et c’est ce qui m’a amené à vouloir structurer ce livre sous forme de discussions au pluriel.
Des discussions entre des entrepreneurs qui racontent leur histoire et un mentor qui analyse ce qui est dit et qui ensuite peut conseiller.
C’est peut-être l’influence de mon père psychanalyste, mais je crois beaucoup dans l’écoute de ce qui est dit et dans la compréhension de ce qui est dit. Et de ce qu’il y a derrière ce qui a été formulé.
D’où cette structure assez originale, mais qui, j’ai l’impression, est en train de trouver son public.
- Est-ce que pour toi entrepreneuriat, c’est justement cette pluralité d’histoires ? Cette grande diversité de parcours et de projets ?
Alexandre : Oui, pour moi, entreprendre, c’est cette pluralité d’histoires. Je ne crois pas au fait qu’on puisse avoir un seul mentor.
Je crois au contraire qu’il est extrêmement bénéfique d’avoir une forte diversité dans ses inspirations ; d’aller chercher des mentors au fil du temps. De les changer. De les remplacer. D’aller prendre des inspirations sur des thèmes très spécifiques.
Je sens par exemple que la gestion de mes finances, c’est ce qui bloque aujourd’hui le développement de mon entreprise. Je vais aller trouver des inspirations de personnes qui ont tout construit autour de ça. Qui sont peut-être même extrêmes dans l’optimisation de leur finance.
Et je vais en récupérer une partie.
Je crois aussi énormément au fait que dans la pluralité des histoires, on voit qu’il n’y a pas de modèle absolu. Chacun construit son propre chemin. On va prendre des choses chez une personne et on va aussi rejeter certaines choses.
On va être inspiré par certaines parties et moins par d’autres.
Par exemple si on parle de l’écriture, moi je me suis énormément inspiré de parcours de grands copywriters. Des personnes comme Ramit Sethi ou Tim Ferriss qui ont des newsletters très actives.
Et en même temps, j’ai décidé de rejeter certaines choses. Notamment le goût qu’ont ces personnes pour les équipes très réduites ; pour l’automatisation de toute leur activité ; le goût qu’ils ont pour ce style de vie qui est celui du digital nomade.
Ça, je l’ai complètement rejeté, car je trouve ça génial de vivre une aventure collective et d’avoir toute une équipe avec moi.
Donc on peut prendre et on peut rejeter. Mais pour ça, il faut se nourrir en permanence de nouveaux parcours et de nouveaux projets.
- En te lisant, j’ai senti un véritable plaisir d’écrire. Je pense à des phrases comme « Mon esprit, lui, ressemblait plutôt à ces bassins à poisson d’une maison traditionnelle de Kyoto ».
Comment travailles-tu ton storytelling ?
Alexandre : En écrivant ! Tout simplement.
En écrivant et en lisant. C’est essentiel. Il faut écrire, il faut lire, il faut écrire, il faut lire.
Récemment, je relisais le premier tome de Fondation d’Asimov. Et je suis tombé sur un splendide conte. Je vais te le partager.
« Un cheval, qui avait pour ennemi un loup aussi puissant que dangereux, vivait constamment dans la hantise de périr sous les crocs du féroce animal.
Poussé par le désespoir, l’idée lui vint de s’attirer les faveurs d’un puissant allié. Il alla donc trouver un homme et lui proposa de faire un pacte avec lui, arguant que le loup était également l’ennemi de l’homme.
L’homme accepta aussitôt et proposa de tuer le loup sans tarder, à la condition que le cheval mit sa vélocité, qui était considérable, au service de son nouvel allié. Le cheval y consentit volontiers et permit à l’homme de lui passer une bride au cou et de mettre une selle sur son dos. L’homme enfourcha le cheval, partit aussitôt en chasse, retrouva le loup et le tua.
Le cheval, tout à la joie d’être débarrassé de son ennemi, remercia l’homme en ces termes :
« Maintenant que notre ennemi commun est mort, retire cette bride de sur mon cou, ôte cette selle de mon dos, et rends-moi ma liberté. »
Ce à quoi l’homme répondit en éclatant de rire : « N’y compte pas ! »
Et il l’éperonna derechef. »
Je trouve super. Il y a un message qui est tellement fort ici qui est que l’on peut avoir un allié qui devient un ennemi. Et qu’il faut faire attention à ne pas être dépendant de quelqu’un.
C’est top.
Donc ça, je sais que ça va être dans mon storytelling.
Tu vois, j’imagine tout de suite, en lisant ce texte, de l’utiliser pour parler à un freelance en lui expliquant pourquoi il ne faut pas être dépendant d’un seul client.
Le freelance, c’est le cheval. Le client qui peut lui assurer 100 000 € de chiffres d’affaires, mais en lui demandant la totalité de son temps, c’est l’homme. Et le loup, c’est l’insécurité, c’est la peur.
Alors, oui, tu vas dompter la peur grâce à l’homme, le client qui te fait une mission à 100 000 € par an. Mais tu deviens dépendant de ce client comme le cheval est devenu dépendant de l’homme.
Voilà comment je travaille mon storytelling. En allant chercher des lectures qui sont dans l’univers du conte, dans l’univers du récit. Dans l’univers de la Science-Fiction.
- Je me souviens aussi que tu mets parfois en garde tes élèves sur le plaisir d’écrire. Tu n’hésites pas à sortir ta serpe !
Comment fais-tu pour bien doser ton storytelling ?
Alexandre : En me relisant, tout simplement.
Je me relis, je me relis, je me relis. Et quand je ne peux plus entendre ma voix, je sais qu’il faut que je coupe certaines phrases.
- Quels sont les livres ou les ressources qui t’ont aidé dans l’élaboration de ton storytelling ? Est-ce que tu as des modèles ?
Alexandre : J’aime beaucoup évidemment Joseph Campbell.
J’aime beaucoup McKee et John Truby qui sont des personnes qui ont beaucoup analysé les anatomies de scénarios. Ça, j’adore. Je suis très fan de ça.
Et puis, ce qui m’inspire tout le temps, c’est portrait long format (long form profile). Ça, j’adore. J’adore lire 10 pages sur quelqu’un, une entreprise, un individu, une association. Sur une aventure collective.
Je recherche spécifiquement ce genre d’articles sur internet.
Tu vois, par exemple, je peux te parler d’un article qui s’appelle « Frank Sinatra, un rhume. » Un article exceptionnel.
- Un dernier conseil à propos de l’art de la narration ? Une arme secrète ? Ou une astuce qui fait toute la différence ?
Alexandre : Lire et écrire. On en revient toujours à ça. Lire et écrire.
| Remarque personnelle : Story de Robert McKee et L’Anatomie du scénario de John Truby, sont, avec le livre Écriture de Stephen King les 3 ouvrages incontournables sur le storytelling. Si vous voulez apprendre la narration, commencez avec ces 3 livres. |
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